(J'ai beaucoup hésité, depuis plusieurs jours, à écrire cet article. Je suis rentré pleins d'optimisme, mais l'insomnie de ce soir, et la boule que
j'ai au coeur - envie de vomir - m'incite à évacuer tout ceci ici. C'est un peu long, mais j'espère bien que vous irez jusqu'au bout : après tout, c'est bien pour ça que je le
met...)
Les vacances sont généralement un moment d'introspection de soi-même privilégié. Parce qu'elles sont l'occasion d'une rupture
avec le pays natal, elles permettent de penser différemment, de voir les choses sous un autre angle. C'est une sorte de pause, qui permet de réfléchir, de faire le bilan. Et j'ai eu tout loisir
de tirer celui de mon année, de regarder à nouveau mon passé, de le relativiser pour la première fois, et de tracer des perspectives pour le futur (que je garde un peu pour moi…).
J'étais rentré pour cette année pleins d'espérances. Les portes de la faculté s'ouvraient, tout m’y était nouveauté. Je croyais que ma soif
de connaissance allait enfin pouvoir s'épancher ; j'espérais rompre avec cette épouvantable année de terminale, la pire de ma vie ; j'imaginais, plus que tout, rencontrer de nouvelles personnes,
des amis, et surtout des amiEs. Je me faisais des films, comme d'habitude, et l'espace de ce moi d'août 2006 je me suis pris à croire que j'aurai du succès au près de l'autre sexe, et même, que
je pourrais libertiner - même si je n'avais pas le mot à disposition -, et que, si la possibilité eut été présente, je l’aurai alors probablement décliné... Je rêvais aussi de monter, enfin, un
groupe de musique ou je pourrais enfin laisser libre cour à mes improvisations, mais dans le cadre d'un groupe. Autant dire que je me mettais le doigt dans l'oeil.
Les choses n’avaient pourtant pas si mal commencé. Je me débrouillais mieux que ce que mes parents auraient imaginé niveau vie quotidienne :
un appartement correctement rangé et entretenu, j'imagine que ça a du les changer de ma chambre. Les cours ont commencé à satisfaire mon insatiable curiosité intellectuelle. Et puis surtout, là
où j'avais toujours lamentablement échoué, osé rencontré de nouvelles personnes, j'ai fini par obtenir de premiers succès. Après avoir passé les deux premiers jours dans les coins du couloir,
terrorisé (après tout, pourquoi ces gens me traiteraient-ils différemment que les autres ?), j'ai osé allé vers mes camarades de classe, leur parler. J'en connais toujours un aujourd'hui, Thomas
(non pas Blain ^^). Et l'impossible c'est très rapidement réalisé : moins de deux jours après la rentrée, dans un groupe interclasse que je ne voyais que le jeudi, je suis tombé - instantanément,
ou peu sans faut - amoureux de cette Anne qui a dominé le premier semestre de l'année universitaire.
Je ne veux pas vous embarrasser de détail avec cette histoire, d'autant que j'ai fini par la digérer. Il y aurait pourtant des choses à dire,
notamment sur les raisons de mon coup de foudre... Simplement rien ne s'est passé entre nous, et tout s'est très mal terminé. J'ai été pendant plusieurs mois pleins d'espoirs, puis de plus en
aigre, jusqu'à être totalement désespéré. Comment l'amour peut briser un homme, un temps du moins. Oui je sais, ça peut paraître stupide, cliché, mais j'étais tellement désabusé de tout, qu'après
la rupture j'ai annoncé à mes parents que je stoppais mon année de fac. J'ai avancé des arguments sérieux - préparer mon concours, ne pas poursuivre des cours pas assez pluridisciplinaire à mes
yeux, choses dont je me suis pleins aux professeurs dès le début de l'année - mais la véritable raison, le déclic, est lié au choc sentimental que j'ai subi... et à la volonté de tourner la page,
au plus vite.
Avec mes nouveaux copains - que j'arrivais à faire rigoler, parfois... - les choses se passait un peu mieux. On m’invitait mêmes à quelques
soirées, ce qui ne m'était jamais arrivé de ma vie. Je découvrais la cuite, la drague maladroite de mes potes - mais moi rien, pas d'amour... -, de bons moments tout de même. Et le groupe de
musique dont je rêvais se monta tout seul... avant de se casser la gueule de la même façon. Il se trouve que Thomas cherchait à monter un groupe, et me demanda au début de l’année si je ne
connaissais pas quelqu'un qui voudrez jouer dans un groupe. " Si, moi !" et le tour était joué. Trop facile je dis la vie ^^. Pour des raisons diverses, de motivations pour certains, de niveau
pour d'autres (j'étais sans doute le plus expérimenté des instrumentalistes...) l'expérience n'a toutefois jamais décollé. Un échec de plus.
Aussi, alors que débute le mois de février, les choses sont désormais fixé : la fille qui m'avait fait rêvé est hors d'atteinte, les cours sont arrêtés, je ne vois presque plus personne :
l'isolement (presque) total. Mon seul but est alors de réussir le concours d'entrée à l'institut d'études politiques, et je m'y attaque d'ailleurs sérieusement. Je lis pas mal de bouquins, et je
commence à comprendre en quoi consiste le travail à l'université : un très bon point pour l'année qui vient. Tout paraît devoir en rester là, jusqu'à une invitation anodine de ce cher compère
Alexandre, à m'inscrire sur un forum de métal : Valence le son.
Dans un premier temps, je dois avouer avoir été plutôt froid. "Je connais rien au Métal". "Je ne connais pas les gens". Et, une nouvelle
fois, je me secouais, et m’inscrivais. J'ai fait plus que ça : j'ai saisi toutes les opportunités de découvrir de nouvelles personnes. D'abord Laurie, puis Milène, et surtout Amandine, que je
craignais à cause d'une certaine intransigeance idéologique (et aussi parce que j’osais pas lui faire un bisou ^^) mais dont la générosité, et la force de caractère actuel m'impressionne
*pour ne pas dire me fait peur *... Ce fut peut-être la meilleure période de l'année : le forum me permettait de débattre de politique, et d'exposer mes "intuitions" en ce domaine : l'union
nationale, le respect des idées des autres, quelques réflexions géopolitiques, et surtout l’exposition de mon système de participation économique. Il faudra d'ailleurs que je vous reparle de
cette dernière ici, suite à une expérience passionnante qui a eu lieu près de chez moi, et qui "valide" mes hypothèses. Et j'ai aussi en tête le souvenir de quelques soirées mémorables, passé à
chatter *clarvarder en quebecquois ! * avec une grande fille, et à s'envoyer des textos au lieu de dormir après s’être dis 10 fois au revoir (Tchouuuuuu ^^). De beaux textos... Dommage que
tout ça soit si diffus désormais... Période intense, à n'en pas douter...
Puis, à nouveau, la chute. Je me promenais beaucoup à Grenoble, mais seul. Désespérément seul. Une personne loin à Lyon, et une autre vue
presque seulement sur MSN, c'était beaucoup trop peu pour moi. Quand je ne sortais pas dehors en rêvant que j’étais autre chose que ce que j’étais, je pourrissais dans mon appartement. Je cessais
de lire, de faire le ménage. Et pendant ce temps là, le concours se rapprochait, et je me sentais de plus en plus mal préparé à mesure que l’échéance se rapprochait. Je me désemparais
complètement. Quelques jours avant le début du concours, j’appellais à l’aide mon père au téléphone. Je lui expliquais que la situation était désespéré, que j’étais au bout du rouleau, que je
n’aurai jamais mon concours et que j’avais besoin de passer quelques jours avec eux histoire d’avoir un peu de monde autour de moi.
Il a bien fallut affronter le jour fatidique. Septique sur mes chances réelles d’obtenir le précieux sésame, mais décidé à donner tout ce que
j’avais, je passais donc les épreuves d’actualité – trop facile, comme l’année dernière, au point que les questions sont imprécises et que je remplie beaucoup trop de pages ! -, d’anglais –
1,5 !!! J’imagine que ça en fera rire plus d’un l’année prochaine ! – et enfin la dissertation d’histoire. J’avais en sortant une impression d’avoir fait un résultat honnête, mais que
je pensais malgré tout insuffisant.
J’ai pourtant réussi ce concours difficile. Apprendre cette nouvelle, au Québec, a été une véritable délivrance, et m’a permit de passer de
biens bonnes vacances – le rater les auraient probablement rendu catastrophiques. Avec, le recul, je me rends compte que mon impréparation n’était pas si totale, mon travail pas si absent, que ce
que j’avais cru de prime abord. La psychose qui s’était emparé de moi était du au fait que je m’étais fixé un programme de révision que je n’avais pas tenu, loin de là d’ailleurs. Et pour
cause : 35 livres à lire portant sur l’histoire du XX français en 5 mois !! Et moi de déprimer parce que j’en ai lu seulement le tiers ! A la vérité, ce petit tiers, couplé à un
certain naturel politique chez moi, depuis la prime adolescence, était suffisant pour réussir. Et j’ai enfin compris que la psychose chez moi naissait du décalage entre ce que je voulais, et ce
qu’il était possible que je réalise effectivement. Je n’avais pas si mal révisé en fait.
Ce postulat semble valable pour l’ensemble de mes psychoses, peurs et déprimes à répétition. Elles naissent de l’écart entre la
perspective d’un renouveau radieux, et d’une réalité nécessairement moins belle que conçu, et qui nécessite un apprentissage. Apprentissage du travail universitaire. Apprentissage des relations
sociales. Et avant d'aimer, apprendre à aimer. Je ne pouvais pas réussir tout dès cette année, c’était impossible, c’était une rupture trop importante avec ce que j’avais vécu avant. Je ne
pouvais pas, d’un coup, parce que j’avais décidé de ne plus m’isoler de mes semblables, être à l’aise avec eux, les faire rire, être intelligent quand il le fallait. Il m’aurait été difficile
d’aimer, car je ne savais pas ce qu'était l’amour. Je ne croyais qu’au coup de foudre : et s’il existe bel et bien, il est beaucoup plus judicieux de se laisser aussi porter par le désir,
par l’attirance d’un soir, sans prétention… Cela ne m’effraie plus désormais (enfin, je crois ^^)… Il m’aurait été difficile d’être un bon claviériste dans mon groupe, car j’ignorais la
difficulté de la tâche. Bref, il m’aurait été difficile de réussir ce que j’avais projeté au global, et donc de ne pas déprimer dans l’année…
Mais ce qui est nouveau, ce qui a changé, c’est que j’ai vécu de longues périodes – plusieurs semaines – d’apaisement, ou j’ai flirté avec le
bonheur. Cela, je ne m’en suis pas toujours rendu compte, était une réelle nouveauté. Cette année n’a pas été une de plus ou je descendais à petit train vers des abîmes de plus en plus
profond : elle fut celle de l’ivresse des montagnes russes. La suivante sera celle, à nouveau, de déception, mais je le crois aussi, d’avancés plus significatives, parce que je serai dans
l’école ou je voulais être, et surtout parce que j’ai mûri. « J’ai mûri », ça veut dire paradoxalement, en plus d’avoir grandi dans ma tête : accepter de faire des bêtises. Arrêter
de croire que je dois être parfait partout pour être accepté, et plus encore la première fois. Et provoquer le destin. Par exemple, mon cher Alex, en m’accordant le bonheur de réaliser ensemble –
et avec d’autres (Quentin !!! Amélie !!!!! qui d’autre encore ???) – cette stupidité d’aller en boîte de nuit (ce qui te changerait les idées d'ailleurs !). Moi qui ne sais
pas danser (et qui suit écoeuré à la moindre bière), ça promet.
La boule est passée. La catharsis a bien fonctionné. Mais il n’appartient qu’à moi qu’elle ne revienne plus en appliquant dès le début de
l’année ce que j’ai décidé de faire. Et de penser un peu à moi. Depuis le temps que je dis que c’est l’égoïsme qui permet la générosité la plus grande, il est temps que je devienne un peu
égoïste, et que je m’écoute à travers mon propre prisme, et pas celui des autres.
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